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Votes, profs et statistiques

Dans le dernier Rue des écoles sur France Culture, une analyse rapide du vote des enseignants au premier tour des élections présidentielles est proposée en début d’émission. Elle s’appuie sur un sondage IFOP, réalisé auprès de 1 001 enseignants représentatifs (je me demande ce qu’est un enseignant « représentatif », et si j’en suis un), par la méthode des quotas.

Le document commence par exposer rapidement la méthodologie, puis présente la marge d’erreur et l’utilisation qui doit en être faite. C’est vraiment regrettable que les médias ne prennent pas l’habitude de s’en emparer, d’autant qu’ici c’est expliqué de façon très simple. Pourquoi ne pas donner des résultats de sondage sous forme d’intervalles ? Certes, il faudrait se concentrer un peu, mais au moins on travaillerait sur des résultats plus sérieux, plus sûrs. Les instituts de sondage, qui font ce travail de correction avec la marge d’erreur, moulinent dans le vide : tout le monde s’en fiche. Cela m’a fait penser à une autre émission de France Culture que j’ai écoutée récemment : La méthode scientifique (du 03 mai). L’épisode s’intitulait Statistiques : la loi des grands de ce nombre. Elle n’apprendra pas grand chose au prof de maths, mais est une bonne entrée pour des élèves et le « grand public » non particulièrement initié aux statistiques (comme à pas mal de journalistes, par exemple). Dans cette émission, Olivier Rey (mathématicien, philosophe, chargé de recherche à l’Institut d’Histoire et de philosophie des sciences et des techniques) explique que le monde dans lequel nous vivons est si complexe qu’il dépasse nos facultés cognitives. Cela entraîne une avidité de statistiques : la statistique donne des idées simples sur un monde complexe. Mais cette complexité n’est pas éliminée en réalité : elle est cachée. Et si on exhibe sa complexité, et donc des nuances, cela nous plaît beaucoup moins, car nous ne pouvons pas nous emparer aussi facilement d’informations.

Voici ce que contient le dossier qui présente le sondage quant aux intentions de vote du premier tour des enseignants :

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Je pense que je vais utiliser un dossier de ce type pour travailler avec mes étudiants sur la notion d’intervalle de confiance. Cela donnerait du sens, et utiliser leurs connaissances pour expliquer le contenu du tableau serait un peu rigolo.

Ainsi donc, qu’apprenons-nous dans ce sondage ? (Gardez en tête la marge d’erreur)

Les enseignants étaient à peu près aussi sûrs de leur vote que l’ensemble de la population, avec un peu moins de 30% d’indécis.

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Ce qui frappe le plus, c’est la sous-représentation du vote pour Marine Le Pen, avec 5% contre 22,5%. Toutefois, les enseignants de lycée professionnel (11%) et les professeurs d’université (16%) ont été plus nombreux à voter pour la candidate du Front National. L’étude montre que les personnels catégorisés « enseignement supérieur hors université » ont été 20% à voter Marine Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon (en forte hausse chez les enseignants depuis la dernière présidentielle), Emmanuel Macron et Benoît Hamon (qui dégringole aussi chez les profs) sont sur-représentés, eux, chez les enseignants.

Le tableau ci-dessous indique que les enseignants ne votent pas de la même façon selon qu’ils sont en éducation prioritaire ou pas : en EP, 54% des enseignants votent Artaud, Poutou, Mélenchon ou Hamon, contre 37% hors EP. Le vote Macron n’est pas non plus équivalent.

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Enfin, il est à noter que l’abstention a été particulièrement forte chez les agrégés, avec un taux de 40%.

Des questions plus précises ont été ensuite posées aux enseignants sondés :

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Jusque là, rien de surprenant : les enseignants sont depuis longtemps défavorables à l’autonomie des établissements. Encore faudrait-il définir ce qu’on entend pas là, et penser le recrutement des personnels de direction en fonction.

Quant à la question de l' »uniforme », les enseignants savent pour une majorité que ce n’est pas une question véritablement importante. il me semble qu’elle est bien éloignée de la réalité du métier et de la réalité des élèves. Que les élèves portent ce qu’ils veulent n’est vraiment pas un problème, et qu’ils soient tous vêtus à l’identique ne les rendra pas plus égaux, et ils le savent.

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Là non plus,ce n’est pas étonnant. J’attends de savoir ce qui va se passer de ce point de vue et comment les enseignants réagiront lorsque nous n’aurons plus de groupes, structure permise pour l’AP, souvent, par la réforme du collège. Et ouf, notre futur(e) président rétablira les classes euros, et nous pourrons mettre nos enfants dans ces classes, pour qu’ils soient dans de « bonnes classes », avec de « bons élèves ». Nous pourrons même leur faire faire latin-euro-mandarin, avec un peu de chance, pour éviter qu’ils ne côtoient des pauvres.

Ca m’énerve.

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Ce que je trouve ici intéressant, c’est que ceux qui sont le plus opposés, ce sont les PLP : eux qui savent ce qu’est l’enseignement professionnel et ce qu’il implique en terme de maturité, de rythme pour le jeune, sont moins favorables que les autres.

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Ca, c’est drôle : les syndicats ne seraient-ils pas représentatifs de leur base ? Et alors cela signifie que la réforme de l’évolution de carrière ne plaît pas aux enseignants, puisque le mérite en disparaît pratiquement complètement ? Il serait intéressant de creuser : sur quels critères les enseignants soudaient-ils que leur mérite soit évalué ? Car là est toute la question : les enseignants n’aiment pas être évalués. Comment voient-ils les choses alors ?

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Brrrrr… J’en frissonne.

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Qu’est-ce que c’est que cette question ? C’est quoi un élève perturbateur ? Heureusement, on est sur du moitié-moitié. Autrement dit, devant la proposition démagogue d’extraire les élèves enquiquinants de leurs classes, les enseignants répondent « non » pour moitié. Ca fait du bien, ça ! (ou pas, si on regarde l’autre moitié, mais tout dépend aussi comment la question a été posée)

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Là, je ne comprends pas, même si 38% c’est déjà pas mal. Quand on voit comme le bac n’est qu’une clef, qui bloque certains élèves qui réussiraient ensuite, qui permet à d’autres d’aller juste échouer dans une poursuite d’études à laquelle le diplôme ne les a pas préparés, quand on voit comme le bac n’est pas égalitaire et comme en fait il s’appuie déjà beaucoup sur ce qui s’apparente à du contrôle continu, le tout engloutissant un budget phénoménal, à quoi ça sert ? J’entends bien les arguments d’une partie de mes collègues ou de tout-un-chacun. mais vraiment, je ne suis pas d’accord du tout.

Au moins, ce sondage montre la grande diversité de points de vue des enseignants.

Bon, je vais voter.

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