En classe

Vieux bouquin et jeunes élèves

Jeudi, mes élèves m’ont demandé de leur faire passer un livre. La semaine précédente, je leur avais présenté un bouquin comme illustration des techniques de reliure, dans le cadre des IDD que je co-anime en 5ème. J’avais oublié la promesse, faite au moment de la sonnerie, de faire circuler l’ouvrage dans les rangs, mais pas les élèves. C’est même la première chose qu’ils m’ont demandée.
Le fait qu’ils aient retenu que je leur avais présenté ce vieux bouquin de maths, qu’ils aient vraiment envie de le voir, mais surtout de le manipuler, m’a questionnée. Ils étaient tout content de pouvoir l’ouvrir, tourner les pages jaunies (c’est un manuel d’arithmétique de 1897), et certains ont même eu le réflexe de le renifler et de se réjouir de l’odeur de vieux livre. Ils cherchaient à savoir si les programmes étaient les mêmes, si c’était « plus dur » à cette « époque-là », bref plein de questions rafraîchissantes. Le livre a assez mal survécu : jusqu’à lors, après achat pour une somme misérable dans une foire à tout dominicale, j’avais été la seule à le manipuler et il était déjà passablement déglingué. Maintenant, il est renforcé de scotch et je le rafistolerai cet été. Mais ce n’est pas grave : les élèves ont été soigneux, c’est le livre qui ne demandait qu’à se disloquer partiellement. Et ils m’ont aidé à lui porter les premiers secours, avec une application touchante. Pour eux, c’était sinon un trésor, du moins une relique. D’ailleurs, il était sur mon étagère à livres, dans ma classe, dans l’espoir d’un jour susciter l’intérêt des jeunes.

Et donc j’ai réfléchi. On nous dit beaucoup que les enfants se détournent du livre, qu’il meurt au profit du numérique. Il est difficile de se faire un avis personnel si l’on se cantonne aux médias.

Dans le Figaro du 3 février 2013 :

Et dans le Figaro encore, le 4 février 2013 :

Evidemment, les articles qui correspondent à ces titres exposent une réalité plus complexe, et il faut les lire en entier et non s’arrêter au titre pour en extraire des informations. Mais tout de même, c’est rigolo.

Alors je suis allée sur le site du ministère de la culture et de la communication pour trouver des données plus précises. C’est chose faite avec « Chiffres clé du secteur du livre ». C’est un document complet, assez nuancé, qui commence par une mise en garde sur l’interprétation de données statistiques, ce qui m’a bien plu car ce n’est pas si courant.

Le document présente ensuite de nombreuses données relative au marché du livre, de la production à la vente, de la distribution à la répartition par genre.

Une partie du document aborde plus spécifiquement le livre jeunesse :

Ainsi, les jeunes lisent toujours. Des vrais livres. Ou alors ils en achètent et ne les lisent pas, et s’en servent pour caler leur console de jeu, mais j’ai un doute. On peut objecter qu’il faudrait « voir ce qu’ils lisent », que les mangas « c’est pas des livres », mais je constate tout de même que beaucoup d’élèves que j’ai en face de moi lisent, parfois beaucoup, et des types d’écrits très variés. Et en observant mes élèves et le petit livre tout racorni d’arithmétique, il était évident que l’objet livre continue d’occuper une place particulière : le numérique ne sent rien, ne se touche pas, ne fait pas de bruit quand on tourne les pages. Il est bien pratique car il allège nos étagères et s’emporte partout, mais me semble être un objet beaucoup plus intellectuel que le livre papier.
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