ça m'énerve·Maths et société

Les maths en LV3 ?

Alors que j’avais déjà nommé mon article, je suis tombée sur celui-ci, d’article, sur Le monde.fr. Il n’est pas en accès libre et je ne l’avais donc pas lu en entier, mais j’ai trouvé frappant qu’alors que j’envisageais les maths comme une langue vivante, mais tendant parfois vers la langue étrangère, une  » journaliste spécialiste de l’éducation  » les taxait de langue morte.

Au départ, j’avais envie d’écrire sur une des raisons qui éloigne les mathématiques de monsieur et madame ToutLeMonde : l’écueil d’un vocabulaire spécifique, parfois ardu ou obscur de prime abord.
Bien évidemment, ce n’est pas une raison suffisante pour s’en détourner ou s’en éloigner. Si l’on se décourageait systématiquement à la première difficulté, l’humanité aurait bien peu avancé depuis ses débuts. Personne n’atteindrait le niveau 328 à GTA, on n’aurait pas inventé les crêpes, et la plupart des parents auraient fichu leur enfant dehors avant qu’il n’atteigne l’âge de 12 ans. La difficulté fait partie de la vie.
Mais je m’égare.

J’en reviens aux maths et aux mots. J’avais, il y a fooort longtemps, écrit mon mémoire professionnel sur  » Les mots en mathématiques « . C’était une bonne idée car il y a beaucoup à dire. Je prends les deux premiers exemples qui me traversent l’esprit :

– Le mot  » hypothèse », en SVT par exemple, s’utilise pour  » formuler une hypothèse « , c’est-à-dire émettre une supposition, qui peut être vraie ou fausse. Ce sont les connaissances et l’expérience qui la valideront ou non.
En maths, on appelle ça  » émettre une conjecture « . Parce que le mot  » hypothèse « , pour le          matheux, c’est autre chose : une hypothèse, c’est un point de départ posé par la consigne, en énoncé. Une hypothèse en maths n’est donc forcément pas fausse, ou alors l’exercice repose sur un malentendu…

– Un exemple qui n’est pas du vocabulaire à proprement parler, car c’est un symbole (mais cela revient au même : le symbole en question est désigné par un mot ) : égal. Le =, c’est un petit symbole, mais il est bien complexe et riche.
Quand on écrit 2 + 2 = 4 ou quand on écrit 2x + 1 = x – 3 , le symbole = n’a pas le même sens. Non non, je vous assure.

Alors c’est vrai, pénétrer dans les mathématiques, c’est rendu difficile par toute la nomenclature, le vocabulaire, les notations. Mais comme beaucoup d’autres disciplines, dans le fond. Comme beaucoup d’autres choses en général : on voit fleurir des groupes sociaux qui s’inventent des codes vestimentaires, culturels et langagiers compliqués. Et en langues vivantes, justement : c’est pareil, tout est à apprendre au départ pour pouvoir utiliser une langue étrangère ! (en plus les langues « rares » le sont de moins en moins. Si un nombre croissant de jeunes souhaitent apprendre le coréen, le russe ou l’islandais, pourquoi pas les maths ??? )
D’où l’idée qui m’était venue de considérer les maths comme une LV3. Et là, paf, je tombe sur ce morceau d’article. Autant avouer tout de suite : j’ai fini par l’acheter. Non pas que j’espérais qu’il me bouleverse, mais disserter sur un article dont je n’avais lu qu’un morceau me gênait. Bon, j’ai payé 2€. Ce n’est pas grand-chose, 2€… Il est très très long, l’article. Et c’est assez remarquable comme il est fourre-tout, très peu hypothético-déductif et parvient à ne prendre parti pour rien. Il aligne des citations, des statistiques. Difficile d’en dégager une ligne directrice ou une idée. Ca m’apprendra, la prochaine fois j’achèterai des bonbons à mes enfants avec mes 2€.

En attendant, je n’ai pas avancé. Je crois même que je comprends de moins en moins tous les problèmes existentiels au sujet des maths, qui éclosent en continu sur la place publique.
Je comprends les difficultés des élèves, les réticences d’anciens enfants traumatisés par les maths modernes, j’accepte sans problème qu’on n’aime pas les maths, comme toute autre discipline, d’autant que je ne suis pas devenue prof de maths pour les maths, mais pour être prof. Moi, ce que j’aime, c’est comprendre. Comprendre n’importe quoi, mais le comprendre moi-même. Et, plus encore : amener l’autre à comprendre ce que j’ai compris. Pas en lui faisant apprendre par coeur ce que j’ai compris avant lui, mais en lui transmettant les outils pour comprendre de façon autonome, voire originale. Et je trouve les maths très bien adaptées à cela.

En attendant, pourquoi les maths sont tant marginalisées en ce moment, c’est un mystère qui s’épaissit. J’espère que ce n’est pas parce que comprendre devient désuet. Sinon, on est vraiment mal partis.

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