Enseignement

Singapour et l’eau tiède

Lu aujourd’hui sur Le Monde de l’Education:

Vous me comptez neuf objets », dit la maîtresse. Noor, 5 ans, sépare d’un geste sûr les images où figurent neuf lions de celles qui n’en comptent que quatre, cinq ou six. A l’origine de cette compétence précoce, un manuel : Mathématiques, méthode de Singapour (La Librairie des écoles). (…)

500 établissements français ont adopté la méthode, à l’instar de l’Ecole aujourd’hui, une école privée laïque du 14e arrondissement de Paris. Cécile Primot, sa directrice, applaudit d’abord la simplicité du manuel. « Contrairement aux autres bouquins de maths où les consignes sont complexes et denses, ce fichier est épuré et intuitif. Qu’il s’agisse de la mise en page ou des exercices, tout y est limpide. Les enfants, qui ne savent pas encore lire, peuvent comprendre ce qu’ils doivent faire à partir des images. Ils se passeraient presque de mes explications », s’amuse la jeune femme, qui assure les cours de dernière année de maternelle.

Autre bon point : la répétition. « La méthode de Singapour est extrêmement progressive. C’est sa force, car elle permet à l’élève d’explorer les concepts sous toutes les facettes avant d’avancer et à nous, enseignants, de mieuxrepérer où un enfant bloque », s’enthousiasme Nathalie Perrin, sa collègue de CE1. Depuis qu’elles ont opté pour cette méthode – l’une en 2011 et l’autre en 2013 –, les deux femmes observent chez leurs élèves une meilleure « assise »en arithmétique. Mais outre l’usage du manuel, Cécile Primot insiste sur les expérimentations et manipulations que doivent faire les enfants. C’est comme cela qu’on enseigne les mathématiques à Singapour ! (…)

« En manipulant des objets, les additions prennent sens, elles s’inscrivent dans le réel », estime Cécile Primot. (…) « Ici, nous essayons vraiment de donner du sens aux opérations mathématiques. » (…) C’est un grand classique dans les pays asiatiques d’approfondir chaque notion en manipulant, pour encomprendre la réalité et les multiples facettes, avant de passer à l’abstraction.

A la lecture de cet article, je suis surprise. Lorsque j’enseignais au lycée, les élèves manipulaient peu, donnaient difficilement du sens à leurs apprentissage, c’est vrai : les notions que je devais leur transmettre étaient souvent assez théoriques, ou les applications proposées au baccalauréat manifestement artificielles, ou je n’entais pas suffisamment compétente pour y parvenir. Mais depuis que je suis au collège, je me suis aperçue que de la sixième à la troisième, il est facile (et agréable pour tout le monde) d’enseigner en manipulant. D’ailleurs, à mon arrivée dans mon établissement, une de mes collègues m’avait juste donné un conseil : tu manipules, tu joues, tu les fais se questionner et tu auras tout ce qu’il faut pour construire ta leçon. Et c’est tout à fait vrai.

Alors pourquoi, avec des enfants plus jeunes encore, ne manipule-t-on pas ? Est-ce vrai d’ailleurs ? Je n’ai certes pas vu mes enfants manipuler pour donner du sens aux opérations en maternelle ou en primaire, mais un ou deux exemples ne font pas loi. 

Au travers de ce qui est décrit dans l’article du Monde de l’Education, je suis en fait surprise par une description de pratiques qui me sont devenues naturelles et que j’observe chez mes collègues, comme si elles étaient exceptionnelles. En ce qui me concerne, je procède ainsi parce que ça marche. Les élèves s’amusent et réfléchissent. On laisse de la place à l’imagination et la liberté, on s’interroge, on observe puis on réfléchit à une généralisation quand c’est possible. Avec le sourire, la plupart du temps. On privilégie la phase de recherche, on profite des fausses routes ou des erreurs pour mieux comprendre. Toujours, on donne du sens. Ou des sens, et chacun s’approprie le tout selon qui il est.

Les professeurs des écoles sont, dans leur immense majorité, des professionnels dévoués et compétents. Si ils enseignent selon un modèle, c’est qu’on le leur a demandé, parce qu’à un moment donné ce modèle a été considéré comme le meilleur, le plus profitable aux enfants. Effectivement, beaucoup de représentations commencent à se construire à l’école, pour se fixer en début de collège. Mais alors pourquoi ce manque de cohérence à tous les niveaux ?

Sommes-nous obligés d’aller à Singapour pour réinventer l’eau tiède?
(J’en reparlerai quand j’aurai lu le manuel, cela dit; après tout il est peut-être révolutionnaire et je ne l’ai pas compris au travers de l’article.)
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