Enseignement

On apprend en enseignant

Lu sur Philomag, une interview de Cédric Villani (encore lui, il est partout!!!), réalisée par des élèves de lycée:
Q : Comment un chercheur peut-il concilier ses tâches de recherche et d’enseignement ?
R : D’abord, on apprend en enseignant. La meilleure méthode pour apprendre un sujet, c’est de l’enseigner. C’est ma stratégie systématique. J’enseigne les choses que je ne connais pas très bien et sur lesquelles je veux approfondir mes connaissances. Cela suppose beaucoup de discipline, de travail, de préparation. Mais on ne maîtrise bien que ce qu’on est capable d’expliquer clairement. Et puis on fait d’autant mieux passer un sujet qu’on comprend où sont les difficultés. Si vous avez sué sang et eau il y a une semaine pour comprendre un problème, vous allez l’expliquer à vos élèves en attirant leur attention sur la difficulté. Si vous l’enseignez depuis 20 ans, vous aurez tendance à ne plus voir la difficulté, à ne pas comprendre que vos élèves ne comprennent pas. Le fait d’avoir eu à surmonter la difficulté soi-même rend la transmission plus simple.
Q : Cela signifie-t-il qu’un professeur apprend de ses élèves ?
R : Mais bien sûr ! Le fait de devoir organiser ses pensées, de les synthétiser pour préparer un cours vous aide à mieux comprendre ce dont vous allez parler. Expliquer un problème fait progresser dans sa compréhension et vers sa résolution. (…) J’ai appris beaucoup de choses sur mon propre métier en les expliquant à ceux qui ne le pratiquaient pas. C’est, je crois, le premier mode par lequel le maître apprend de l’élève. Dans le processus de transmission, il remet ses pensées en ordre, il apprend, il progresse lui-même dans la compréhension.
 Q : Et le deuxième mode ?
R : Le deuxième mode, c’est lorsque les élèves posent des questions, s’étonnent, font remarquer quelque chose. C’est assez fréquent. A l’ENS Lyon quand j’enseignais, il ne se passait pas un cours sans que je sois repris par un de mes étudiants : sur un bug, quelque chose qui avait été mal expliquée, ou sur une faute carrément, etc. Mes cours progressaient ainsi au fur et à mesure, en tenant compte de façon importante des remarques de mes élèves. Le chercheur sait très bien qu’il n’est pas infaillible et que toujours des erreurs peuvent subsister dans un raisonnement. C’est pourquoi l’appel aux lecteurs ou aux auditeurs est si important. Les élèves sont souvent très forts pour mettre le doigt sur un problème que l’on n’avait pas vu soi-même.
Je suis d’accord avec presque tout, cette fois. En lisant cette interview, bien des choses me sont venues à l’esprit : les heures passées à préparer un sujet d’enseignement, le temps nécessaire à clarifier la petite zone d’ombre, celle qui fait qu’on sent que le sujet ne nous appartient pas encore complètement; le choix des meilleurs supports possibles pour « faire passer » la notion visée, les pages et les pages de cours mis à la poubelle en juillet pour tout refaire autrement et rester « neuf », garder de la fraicheur ; la volonté de changer de type d’établissement et de « retourner au collège », idée manifestement incongrue pour une majorité de mes ex-collègues de lycée. Et puis, dans le dernier paragraphe de l’article, des tas de prénoms ont défilé dans ma tête: tous ces élèves, pas forcément « brillants » en maths, mais qui font partie de ceux que j’appelle mes « poils à gratter ». C’est-à-dire ceux qui ont LA question qui gratouille, celle qui justement aborde une difficulté intéressante ou une faiblesse de l’activité proposée. Ceux-là nous aident à ne pas nous endormir. Même si je n’ai pas sommeil encore, heureusement, dans l’exercice de mon métier.
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