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Bonheur de prof

Ce matin, au lieu d’avoir une heure mes 5e1, je les ai eus deux heures d’affilée : cela arrangeait leur emploi du temps de demain. Ce ne sont pas les champions de l’attention, ces loulous-là. Je me suis demandée ce que j’allais faire de ces deux heures successives. Bon, la première, calendrier de l’avant les vacances puis angles alternes-internes et parallélisme. La deuxième, je me suis donné le choix selon l’ambiance : distances, moyennes ou représentations graphiques.

Finalement, nous avons passé deux heures sur les angles. Mais cette fois, pas parce que les élèves étaient trop loin de mes objectifs, comme la semaine dernière lorsque je me suis aperçue qu’une moitié de la classe ignorait l’usage du rapporteur. Non, cette fois nous sommes restés sur ce thème parce qu’ils ont voulu comprendre et démontrer.

Mmmh, on est sur la bonne pente.

Ce matin, nous avons donc modélisé les angles alternes-internes déjà introduit avec Eratosthene, et nous avons fait une monstration de la somme des angles d’un triangle en géométrie euclidienne. La propriété est venue toute seule avec la manipulation. Mais cela n’a pas suffi aux élèves. C’est ça que j’ai adoré : plusieurs ont voulu une démonstration.

Or nous avions étudié angles alternes-internes et parallélisme… Alors non seulement je pouvais démontrer, mais avec une incitation (tracer la parallèle à un coté du triangle passant par le sommet opposé), ils ont trouvé tout seuls. Et ensuite ils se sont félicité de leur quantité et leur qualité de travail aujourd’hui.

Et j’étais d’accord. 😊

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Pythagore, qui es-tu ?

Dans ma dernière évaluation de 4e, par ailleurs fort bien réussie (j’écris ça comme ça, tranquille, mais je suis tellement contente !!!), je posais, pour la compétence « Acquérir une culture mathématique » :

J’avais raconté des histoires à mes élèves, à partir de littérature qui narre Pythagore et tous les mythes qui l’entourent. J’avais envie de savoir s’ils avaient écouté toutes ces informations semées dans la séquence, et ce qu’ils en avaient retenu, d’autant que je donnais différentes versions.

Je n’ai pas été déçue : ils m’ont écoutée, ils me l’écrivent et leurs sélections, voire interprétations, sont parfois amusantes, et souvent intéressantes. Très, très sympa à corriger. Raconter des histoires permet de fixer l’attention et simplifie la mémorisation, tout de même !

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Bienvenue à Cerveauville

C’est le titre d’un album que j’ai emprunté au CDI de mon collège, fraîchement arrivé. Il s’agit d’un parcours initiatique d’un neurone, qui cherche à quoi il va consacrer sa vie de neurone. L’album est signé Matteo Farinella et est édité chez De la Martinière Jeunesse.

Le dessin, la mise en page sont plutôt orientés école. Cependant, pour qui ne connaît pas le fonctionnement du cerveau, il y a de quoi apprendre facilement : tout est expliqué dans des encadrés clairs. Je pense que ce livre a bien sa place dans des bacs de cycle 3 et dans des CDI de collèges. Et il y a une page pour réfléchir cerveau et maths :

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Heureusement que j’ai la coquille dure.

Dans mes articles d’aujourd’hui, j’ai relaté ce que j’ai compris des trois premiers axes du colloque : Professeurs au XXIe siècle ? Que les choses soient claires : j’ai fait une recension, je n’ai pas exprimé mon avis. J’ai même bien veillé à ne jamais l’exprimer, pour ne pas mélanger les genres et que ces articles soient neutres, des reflets de ce qui s’est dit. J’ai eu des questions de lecteurs en ce sens, alors je précise.

Toutes ces interventions m’ont vraiment intéressée, même lorsque je n’étais pas d’accord. Mais j’ai trois bémols que j’ai besoin d’exprimer.

D’abord, j’avoue qu’après les trois premiers axes, je ressens une curieuse impression en tant qu’enseignante de base, d’être observée, modélisée et analysée par autant de personnes qui n’ont jamais exercé ce métier. Je me demande s’il en est de même pour toutes les professions : les bilans qui comptent, les colloques spécialisés sont-ils ainsi animés par des spécialistes, certes, mais qui ne vivent pas le quotidien des travailleurs étudiés ? Parce qu’enseigner au quotidien, pas seulement en intervenant VIP ou en ne faisant que passer, ça change tout. Et là, c’est vrai qu’on n’a entendu aucune parole de prof de terrain, et je trouve que cela a des conséquences. Cela ne rend pas les interventions forcément inappropriée : ce n’est vraiment pas ce que je veux dire. Simplement, aller voir et consulter les enseignants ne suffit pas. Ce métier est suffisamment particulier pour qu’il faille se donner la peine de le vivre, vraiment, pour pouvoir fournir une analyse pleine. Enfin, je crois. Mais Stanislas Dehaene, par exemple, a énoncé des points qui m’ont fait bondir, parfois par leur aspect énonciations d’évidences. Son intervention m’a paru dénoter une mauvaise connaissance du terrain. Ou alors je suis vraiment à part. Cela donne une image rétrograde des enseignants et je le regrette : certains conseils donnés sonnent comme des insultes à mes oreilles. Cela étant, d’autres pas du tout, et j’ai été contente d’en entendre qui m’ont confortée, sur le recours au numérique éducatif par exemple, à un moment où parfois on ressent une pression du tout-numérique, quelle qu’en soit la plus-value.

Ensuite, justement, en parlant de « à part », un des intervenants, Andy Hargreaves, a présenté le fait d’être enseignant comme le fait être dans une boîte d’œuf : chacun dans sa salle, tous pareils, seuls et séparés les uns des autres, sans que personne ne leur transmette d’information. Et parfois, on a un enseignant qui détone.

Je n’ai pas très très bien pris cette vision de nos personnes. C’est un euphémisme. Ce n’était certainement pas fait dans une volonté de mépris, mais comme quoi, parler du métier de l’autre sans l’exercer soi-même a des effets secondaires dommageables, parce que nous ne sommes pas à la même place, simplemement.

Enfin, la première intervenante de l’après-midi, Maryse Lassonde, a parlé souffrance et mal-être des enseignants. Il y a de quoi faire. Nous savons tous comme la souffrance liée à ce métier peut mener au pire. Maryse Lassonde a bien mis en évidence comme l’enseignement est une profession exposée à la violence, et pourquoi. Mais elle a dit aussi qu’il faut aider les individus à « réduire ou tolérer l’impact » des violences.

C’est ça, notre avenir commun, développer notre résilience ? Supporter, tolérer, laisser glisser ? Nous enseignons aussi pour un projet de société, ce qui n’est pas compatible avec le fait de voir ladite société s’enfoncer dans la violence, la barbarie, la faiblesse de la pensée. Je ne sais pas si j’arrive bien à me faire comprendre, mais je trouve choquant que personne n’ai interrogé, pendant ces interventions, les choix politiques. Que personne n’ait évoqué les possibles réparateurs du collectif. En même temps cela relève de la gouvernance, ce qui constitue le dernier axe de la journée. Mais je n’y assisterai pas, car je dois justement retourner sur le terrain pour les conseils de classe. En tout cas pour ma part, je n’ai aucune envie de développer ma tolérance aux agressions ou à la violence. Ce serait renoncer à ce à quoi je crois profondément, à ce qui m’anime, à ce que je suis, au final.

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Les professeurs au XXIe siècle (3) : bien-être, numérique

Brigitte Hazard a ouvert l’après-midi.

Quid des espaces scolaires ? Comment favoriser la collaboration, l’argumentation, en n’oubliant pas les élèves à BEP ou les élèves empêchés ?

Questionner le numérique, c’est questionner le dans la classe et le hors la classe, et le lien entre la classe et le domicile.

Quel est l’apport du numérique aux élèves ? Il faut montrer à quels moments le numérique a sa place et à quels moments il n’a absolument pas sa place.

Partie 1

Maryse Lassonde est intervenue sur la santé et le bien-être du personnel enseignant.

Comment définir le bien-être ?

Le bien-être est la composante positive de la santé mentale.

Chez les enseignants, il y a de nombreuses sources de bien-être, mais le portrait du métier est paradoxal avec des points d’insatisfaction :

Il est en fait très difficile d’exercer le métier d’enseignant. C’est la confrontation avec la réalité qui est difficile.

Ce qui compte avant tout, c’est une relation humaine, mais avec des risques de charge émotionnelle trop importante.

La violence verbale est importante envers les enseignants, surtout chez les enseignants de moins de 30 ans. Si on regarde en Finlande :

Les problèmes vont en s’accroissant, ce qui est préoccupant. Au Québec aussi, après le personnel de la santé c’est le personnel enseignant qui est le plus exposé à la violence. Ce n’est pas récent. Il faut aider les individus à réduire ou tolérer l’impact des demandes.

La présence continue d’agents stresseurs conduit à l’épuisement professionnel et le burn-out. L’épuisement émotionnel renvoie au manque d’énergie et à l’impression d’avoir épuisé ses ressources émotionnelles. Les enseignants présentent un plus grand risque d’épuisement professionnel.

Il y a évidemment des répercussions au mal-être professionnel, comme le désengagement ou l’abandon de la profession, qui touche de nombreux pays actuellement.

Le soutien des collègues et des membres de la direction est essentiel.

Un plus grand engagement représente une protection contre le stress.

Enseigner, c’est être très multitâche : on travaille avec l’individu, le collectif, le curriculaire, tout en gérant le temps.

Partie 2

Andy Hargreaves est ensuite intervenu sur le Capital professionnel au XXIème siècle. Il a d’abord parlé de la pandémie. La question est de savoir comment inventer des dispositifs efficaces même en cas de pandémie, et flexibles en pause de pandémie.

Il y a trois type de capital : social, humain et de prise de décision.

Le capital humain dans l’enseignement, c’est cela :

Aujourd’hui, être enseignant c’est comme être dans une boîte d’œuf : chacun dans sa salle, tous pareils, seuls et séparés les uns des autres, sans que personne ne leur transmette d’information.

Et parfois, on a un enseignant qui détone.

Le capital de décision, à présent :

Ce qui est très important, c’est le capital social :

Le collaboratif permet d’impliquer les enseignants et de remédier à de multiples obstacles.

Pour engager les élèves dans l’enseignement avec le numérique, il faut veiller à personnaliser et adapter les contenus et la forme, pour utiliser la technologie de façon constructive et critique :

Il faut aussi veiller à conserver l’égalité entre les élèves, même avec le numérique. Avoir une relation critique avec la technologie est préférable : qu’est-ce qui ne peut pas être fait sans la technologie, ou moins bien ?

La collaboration a augmenté avec la pandémie, car les enseignants se sont tournés les uns vers les autres. Ceci signifie aussi qu’il faut réfléchir au leadership. La France est connue pour être très centralisée. Mais les systèmes et les cultures peuvent changer.

Partie 3

L’intervention de Stanislas Dehaene a conclu ce troisième axe, avec une présentation de nouveaux appuis pour les enseignants.

D’abord, il y a la formation, initiale et continue. Ensuite il y a les manuels et guides pédagogiques. Il y la notion d’évaluation. Et il y a les logiciels numériques, pédagogiques, qui peuvent agir en complément de la classe. Et Stanislas Dehaene est revenu sur la recherche transationnelle.

L’enseignant du futur doit être bien formé.  Il doit par exemple savoir comment fonctionne le cerveau. Il doit aussi savoir comment restaurer la confiance en soi des élèves. Il faut qu’il soit informé de façon spécifique, comme sur la lecture.

Au-delà de la formation, il y a le manuel scolaire : quelle place pour le manuel ? En consultant les enseignants, on comprend que le manuel est utile, mais s’il a des contenus riches et qui permet des allers et retours faciles entre le cours et les exercices, puisqu’il faut une alternance entre les périodes d’apprentissage et de mise à l’épreuve de ces apprentissages.

L’enseignant du futur est entouré d’une panoplie d’évaluation : « évaluer pour mieux aider ». Lorsqu’on donne aux enseignants des outils pour mieux évaluer les élèves, ils en bénéficient.  On doit avoir de meilleurs outils d’évaluation pour répondre aux difficultés des élèves et faire du cas par cas. Les évaluations nationales font ça.

Quelle place pour les outils numériques, et en particulier les logiciels ? Le numérique n’est pas du tout la panacée : l’usage des outils numériques peut être corrélé à une baisse des performances. Il faut faire très attention aux piliers de l’apprentissage. Il ne s’agit pas de distraire, mais de faire apprendre.

Stanislas Dehaene a présenté un logiciel développé par son laboratoire pour la lecture, avec un peu de maths : Kalulu.

Un autre usage du numérique, extrêmement important, est la mise en connexion des enseignants.

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Le Grenelle au café

Alors que je termine à l’instant l’écoute du colloque lié au Grenelle de l’éducation, Quels professeurs au XXIe siècle, je lis le Café Pédagogique sur cet événement.

François Jarraud regrette en préambule l’absence d’enseignants. La question a été explicitement abordée par Stanislas Dehaene, car la même question a été posée par les équipes en académie. C’est un colloque de chercheurs, voilà. Par ailleurs, le Café Péda regrette une volonté de « Table rase de la culture et des valeurs des enseignants » :

Difficile de ne pas reprendre l’image d’Attila pour la plaquer sur ce colloque. Le conseil scientifique a fait table rase des enseignants et de leurs représentants réduisant les uns à des objets et les autres sans doute à des vestiges. Le colloque va définir le métier d’enseignants sans aucun regard sociologique, sans aucune intervention de chercheurs en sciences de l’éducation. N’en doutons pas c’est ce que signifie pour ses organisateurs l’adjectif « scientifique » dont ils ont affublé leur « colloque ».

Personnellement, j’ai entendu des contenus avec lesquels je suis en désaccord, d’autres qui me laissent perplexes, mais aussi des contenus qui me parlent, qui décrivent la façon dont je vis mes métiers d’enseignante et de formatrice, ou dont j’aimerais les vivre. En revanche je partage la question : comment faire quelque chose de ces échanges ? Que va choisir de garder le politique ? Quelles interprétations de manques clairs vont-elles être données ?

L’avenir nous le dira… Mais ces derniers temps n’incitent pas à l’optimisme, et moi-même je réfléchis à la suite de ma carrière, de formatrice en particulier. En attendant, mon groupe académique cogite et échange, y compris dans la controverses, et ça, c’est intéressant.

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Les professeurs du XXIe siècle (2) : recrutement, formations

Sophie Tardy a introduit cette partie.

La question centrale est celle de la réussite des élèves. Cela concerne tous les acteurs, et aussi les relations entre ces acteurs. Comment faire collectif, avec tous les partenaires ? Comment faire converger des intérêts différents pour les recentrer autour des enfants, de leur bien-être et de leur réussite, dans une école inclusive.

L’organisation du temps entre premier et seconde degré est une question centrale aussi, ainsi que celle des espaces.

Partie 1

Alain Frugière nous a parlé du développement professionnel du professeur et de la formation, initiale et continue.

La formation initiale a comme objectif de préparer à un métier. Depuis quelques années, on constate une baisse du nombre de candidats aux concours d’enseignement. Pour redonner cette envie, il faut une mobilisation générale et une réflexion de fond. Parmi les axes à réfléchir, il y a la formation.

Pour redonner cette envie, il faut un continuum de formation. Un enseignant ne se forme pas en une année ! Personne n’envisagerait cela pour la formation d’un médecin. Il y a en licence le premier contact avec un métier, puis le master et le stage. La formation continue prend alors le relais.

La formation, le recrutement, doivent se faire à partir de compétences clairement définies, sans oublier les compétences pédagogiques et didactiques.

Même s’il faut apporter des réponses concrètes aux problématiques des étudiants, il faut aussi aller plus loin au travers de la formation, et apprendre à questionner les pratiques et trouver les moyens de répondre à leurs interrogations tout au long de leur carrière.

L’enseignement des formateurs doit s’adosser aux données les plus actuelles et fiables de la recherche. L’adossement à la recherche doit aussi permettre une évolution des connaissances disciplinaires et didactiques, comme pédagogiques, et de s’adapter. La formation initiale doit donc transmettre des méthodes : la problématisation, la recherche documentaire, le choix des sources, au travers d’une méthodologie scientifique.

L’adossement à la recherche doit aussi permettre aux enseignants, en formation continue, de se renouveler.

La formation doit ancrer chez les enseignants le goût du travail en équipe, et pas seulement en équipe disciplinaire. L’isolement est délétère pour le travail de l’enseignant. Des spécialistes de la formation doivent soutenir les équipes, avec des chercheurs.

Il y a aussi la question du numérique, qui change le temps du travail et permet aussi d’autres possibles. Il se répercute sur les missions des enseignants. La formation doit travailler donc aussi l’utilisation de logiciels disciplinaires et des médias, la connaissance et l’expertise pour créer, et la compréhension des enjeux et des transformations liés au numériques.

Enfin, la formation doit lutter contre le déterminisme social qui exclut. Tous les enfants et tous les adultes doivent avoir accès aux codes culturels leur permettant d’avoir une vie riche et épanouie.

Une seconde voie pourrait exister pour les personnes souhaitant devenir enseignants en seconde carrière : il faut adapter la formation pour eux.

Partie 2

Héléna Pasquineli, de la Main à la Pâte, a poursuivi.

L’enseignant a un rôle fondamental à jouer en interaction avec le chercheur. Quelles compétences la recherche permet-elle de développer ? Quelles compétences requiert-elle ?

Le contexte actuel est complexe et partiellement nouveau.

Parfois, la recherche montre que des solutions contredisent l’intuition et les observations quotidiennes. Il faut donc mettre en place un système de recherche intégré, systémique et translationnel.

Qu’est-ce qu’un système translationnel ? Il investit toute la chaîne de production de connaissances. Elle vise des applications, qu’elle teste pour la classe. Elle crée un écosystème d’applications validées par la recherche. Elle doit donc répondre à des besoins réels, et pour cela d’impliquer les acteurs de l’éducation, et pas seulement les chercheurs, à la formulation des questions et à l’interprétation des résultats.

Ce type de recherche présente aussi une occasion de formation, avec des échanges entre enseignants et chercheurs et entre enseignants eux-mêmes. Ce type de formation ne s’improvise pas. Il est donc utile que les enseignants qui y participent soient déjà formés à la recherche et à ses enjeux, ses limites, ses contraintes.

On peut prévoir des effets positifs sur les enseignants et sur les élèves : la coopération, la création de communautés professionnelles par exemple. Le fait d’ancrer l’apprentissage par les pairs dans le cadre d’activité de recherche constitue une garantie de solidité scientifique supplémentaire.

Il est souhaitable qu’ensuite il y ait des recherches empiriques pour savoir le réel impact sur l’enseignant.

Il faut aussi s’intéresser à l’esprit critique de l’enseignant : comment distinguer opinion et savoirs ? L’enseignant joue sur le terrain un rôle crucial auprès des élèves et des familles. Il est aussi le guide qui doit permettre aux élèves de développer leur esprit critique. Cette tâche est loin d’être facile et plutôt digne d’un guide de haute montagne. Elle demande une formation spécifique.

Partie 3

Franck Ramus a relaté un travail de recherche sur la formation des enseignants et le référentiel de compétences.

Les enseignants français sont faiblement engagés dans la formation continue.

Le référentiel de compétences est un élément crucial de réflexion : c’est ce qui définit le métier même de l’enseignant. À chaque fois qu’on réfléchit à une formation ou qu’on envisage une réforme, on devrait porter son regard sur ce référentiel, Et pourtant, on a l’impression qu’il est un peu oublié. Il existe depuis 2013.

La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il est assez illisible. Sa présentation ne permet pas de capter les points saillants. Et quand on rentre dans le détail, il n’y en a pas suffisamment. Il faudrait donc une véritable organisation hiérarchique des compétences avec de la progressivité, plutôt qu’une liste. Il est peu synthétique, peu lisible et peu mémorisable. Et puis les compétences sont définies de façon générique, mais sans précision des différents niveaux de maîtrise.

En Australie, le référentiel de compétences de l’enseignant est inspirant. Il est très synthétique, très concis et peu détaillé dans son premier abord, mais ensuite tout est détaillé et on peut rentrer dans le détail. Les compétences sont définies de façon différente et successive, pour proposer des niveaux de compétences, en prenant en classe l’expérience de l’enseignant. Cela fournit des objectifs pour les enseignants.

En voici une émanation pour les enseignants français :

Certains points sont tout à fait nouveaux alors qu’ils font en effet partie du quotidien des enseignants. On pourrait ainsi le lancer dans une rénovation complète du référentiel de compétences.

Conclusion du deuxième axe et questions

  • Quelles incitations pour les enseignants ?

Il existe des certifications, des badges. Mais ce qui manque, ce sont les conséquences, derrière des certifications : comment ces badges sont-ils valorisés dans la carrière ?

  • Comment intégrer l’auto-évaluation des enseignants ?

La question est la confiance en soi, encore.  Mais il y a aussi très peu d’observateurs dans les classes, que ce soit entre pairs ou par les cadres, en France. Les enseignants français sont parmi les plus solitaires.

En France, 40% des enseignants estiment que les formations n’ont pas d’effet sur leurs pratiques, contre 9% en Angleterre.

  • Et la formation des directeurs d’école ?

Dans la plupart des pays, le chef d’établissement est le principal maître à bord. Le système français est très différent, et la France un cas à part. Il manque des choses, dans le système français. Les directeurs d’école ne sont d’ailleurs pas les chefs des établissements que sont les écoles : ce sont les IEN qui jouent ce rôle.

  • Faudrait-il créer un cursus de formation dès la première année post-bac ?

En tout cas, avoir un contact avec la réalité du métier est souhaitable tôt.

  • Faudrait-il imaginer un diplôme spécifique pour la maternelle, pour le CP ?

La question est à débattre, manifestement…

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Les professeurs au XXIème siècle (1) : évaluation, laïcité.

Aziz Jellab, inspecteur général, a ouvert la matinée, avec trois questionnements : la question des contenus, la question des formes d’apprentissages des connaissances (savoirs à enseigner et savoirs pour enseigner) et comment enseigner la citoyenneté dans une école inclusive ?

Partie 1

Elise Huillery explique que la France se situe dans les trois pays dans lesquels le déterminisme social est le plus fort. Et en France, l’effort public est ancien mais peu efficace au final.

Les internats d’excellences sont en tête, suivis par les dédoublements de CP-CE1, mais on est déçu par les autres dispositifs. Cela amène les économistes à s’interroger sur la question fondamentale suivante : quels fondements manquent ? Le système éducatif français produisent un grand déficit de compétences sociales et comportementales : l’empathie, le respect de l’autre, la collaboration, la résolution collective de problèmes, l’estime de soi, la confiance en soi, le sentiment d’auto-efficacité.

La France est dans la moyenne sur le plan des apprentissages, mais tout en bas du classement sur la confiance en ses propres capacités, où elle est 62e sur 65. Même chose sur l’anxiété : nos élèves sont beaucoup plus anxieux qu’ailleurs.

Dans les conséquences, la persévérance faible de nos élèves, et une discipline en classe dégradée :

Les inégalités sociales sont renforcées par l’école :

Les élèves d’origine modeste sont plus nombreux à aller en filières professionnelles. Ce n’est pas qu’une question de préférence : la cause de ces écarts ne se situe pas du tout dans des préférences pour des métiers qui les rendraient plus heureux, mais à des écarts d’estime de soi importants, à réussite scolaire égale. Les élèves favorisés ont une estime de soi plus élevée, à performances égales.  Les stéréotypes liés à l’origine sociale sont réels et entravants.

La recherche a montré le rôle au moins aussi important des capacités comportementales comme l’estime de soi par exemple que du quotient intellectuel. Les interventions pour augmenter les compétences comportementales et sociales ont des effets très importants sur la réussite des élèves.

L’intervenante a, pour terminer, évoqué une action d’Energie Jeune, qui améliore les compétences sociales et comportementales des élèves, à coût faible semble-t-il.

Partie 2

Céline Darnon nous a ensuite parlé des pratiques sélectives et compétitives.

Les élèves qui appartiennent aux groupes stigmatisés développent des visions d’eux-mêmes conformes à la position qu’ils occupent la cette hiérarchie.

Des études montrent que le statut socio-économique prédit la réussite. On connaît cet effet depuis longtemps. Le sentiment d’auto efficacité y joue un grand rôle : moins on se sent capable de réussir un exercice de mathématiques, moins on le réussit en effet.

La peur d’échouer comparativement à autrui est souvent observée chez les élèves, en particulier de milieu socio-économique défavorisé. Des études de recherche ont mis en évidence que meilleur est le niveau de l’élève, moins l’élève est soucieux d’échouer comparativement aux autres, mais pas pour les étudiants de milieux socio-économiques défavorisés.

La compétition et la sélection accentuent ces écarts. Pourtant, la plupart des enseignants ne l’encouragent pas. Mais les élèves comprennent que le système attend d’eux de réussir mieux que les autres : le système éducatif agit dans le sens de la sélection en délivrant des diplômes qui ne sont pas les mêmes pour les uns et les autres.  Or cette compétition est à double tranchant : elle peut favoriser la motivation et avoir des effets positifs, mais elle favorise aussi la peut d’échouer. Et ceux qui viennent de groupes stigmatisés sont ceux qui en souffrent le plus. La compétition a pour effet d’accentuer l’écart de performance entre les personnes qui se pensent de bas statut et celles qui se pensant de haut statut.

Il existe des interventions possibles pour améliorer la situation, de deux grands types : agir sur la familiarité avec la culture scolaire et agir sur l’intégrité de soi.

Agir sur la familiarité avec la culture scolaire doit être fait le plus tôt possible, pour leur permettre de pratiquer des activités reliées aux acquisitions scolaires ultérieures et in inégalitairement pratiquées dans les familles.

Agir sur l’intégrité de soi vise à favoriser des contextes qui permettent de protéger le soi des élèves et développer la conception malléable de l’intelligence. On présente la difficulté et l’erreur comme normale et pas grave. L’effet positif n’est pas énorme mais est significatif, et profite surtout aux enfants fragiles. Un but est de présenter le cerveau comme un muscle évolutif par l’entrainement.

Je vous conseille de visionner cette intervention : Céline Darnon évoque explicitement des études que je n’ai pas eu le temps de retranscrire intégralement, et qui sont intéressantes.

Partie 3

Serge Guimond nous a présenté une intervention sur l’apprentissage de la citoyenneté.

Il existe plusieurs modèles de citoyenneté :

L’école joue-t-elle un rôle significatif à l’égard de ces principes ?

L’école transmet les normes et les valeurs idéales de son pays, et influence par ce biais le niveau de tolérance des élèves. Dans les systèmes non démocratiques, il en va différemment. L’influence de l’école peut être très variable.

Une recherche examine les scores d’individualisme en fonction du niveau scolaire et des genres en France. La France est considérée comme très individualiste, mais ce n’est pas si simple.

Ces scores tendent à montrer que la laïcité fait partie de la culture officielle en France, et il y a des choses positives et importantes qui se passent à l’école quant à l’attachement à la laïcité.

Depuis dix ans, principes sont organisés en deux dimensions, dans les réponses des personnes interrogées sur la question : il y a la question de la citoyenneté républicaine et une « nouvelle laïcité ».

L’influence de l’école sur la tolérance, le niveau de préjugé ou de xénophobie, se transmet par l’intermédiaire des principes républicains. Plus les élèves adhèrent à l’idée de banalisation des appartenances, plus ils rejettent les points de vue xénophobes. C’est l’inverse avec la nouvelle laïcité.

Le niveau scolaire et le nombre d’années d’études à l’école jouent un rôle important dans ces représentations. Il faut être attentif à la signification de la laïcité, pour éviter certains effets délétères.

Partie 4

François Héran est ensuite intervenu.

On a encore beaucoup d’étapes à franchir dans une conscience nationale qui est encore trop souvent franco-française. Or les idées circulent, comme la Déclaration universelle des Droits de l’Homme elle-même.

François Héran nous a présenté un exposé qui m’a embarquée, qui sort franchement de mes domaines de savoirs. Alors j’ai écouté et j’ai décroché de ma prise de notes… mais vous pouvez retrouver son intervention en vidéo. Il nous a proposé d’autres focales d’enseignement, en EMC et de façon générale.

Pour conclure, François Héran nous a fait réfléchir sur ceci : en Allemagne, au nom du principe de neutralité de l’État par rapport à l’Église, on peut subventionner une association religieuse, comme une association sportive. En France, non, on s’y refuse. C’est sans doute intéressant d’étudier ces différences et d’y réfléchir.

Les principes de laïcité sont divers et débattus à l’intérieur de chaque pays, et c’est normal. On peut avoir une conception tolérante de la laïcité.

Conclusion du premier axe

  • Comment conjuguer évaluation et confiance en soi ?

C’est possible, mais cela suppose d’avoir recours à une évaluation formative, et de changer la façon dont on évalue. Il faut chercher à donner à l’élève un retour qui l’encourage à évoluer dans sa progression et non juste à le situer. Quel que soit le mode choisi (notes, couleurs ou smiley), l’important est de donner des leviers et possibilités pour progresser. Il ne faut pas trier, il faut encourager.

La question de l’évaluation est importante car c’est une pratique particulièrement susceptible d’être perçue comme une menace. L’évaluation est utile et nécessaire, mais c’st la façon dont elle est mise en œuvre qui pose problème. Mieux vaudrait une comparaison temporelle, permettant aux élèves de se situer dans un parcours d’apprentissage, par rapport à eux-mêmes. L’évaluation est un outil pour apprendre.

  • Lutter contre le déterminisme social et ses conséquences en termes d’apprentissage : comment s’y prendre ?

Ce n’est pas un problème simple et la recherche n’a pas permis de trouver de recette miracle. Mais cibler les interventions sur le plus jeune âge et chez un public particulièrement fragile est important. Des protocoles existent, par exemple en mathématiques, qui permettent de développer les compétences visées ; la notion de jeu est fondamentale et il faut amener ces outils aux enfants qui n’y ont pas accès dans leur milieu familial. Il faut aussi développer des contextes qui permettent aux élèves de comprendre qu’ils sont là pour apprendre, pas pour être comparé à autrui.

Hé béh c’est dense… Petite pause avant d’attaquer la partie 2, jusqu’à 13h.